14-167  posté le dimanche 08 juin 2008 14:35

- J'ai pas envie d'y aller, j'ai pas envie d'y aller, j'ai pas envie d'y aller! répétait Mara comme si scander cette phrase pourrait exaucer son souhait.

- Ben t'as qu'à ne pas y aller et tu démissionnes de l'armée, proposa Daniel, enchanté de son idée.

- Aha, t'en as des bonnes toi. L'armée c'est notre seul moyen de nous en sortir, et maintenant que j'ai une place là bas, je vais pas partir.

Il était 5 heures du matin et dans quelques heures, Mara vivrait son premier combat sur le front. Cela faisait à peine deux jours qu'elle appartenait à la 99ème centurie, et voilà qu'elle allait déjà devoir se battre.

Elle était venue voir son frère en cette heure très matinale car elle craignait de ne plus jamais le voir. Le pessimisme avait pris possession de son esprit depuis quelques temps...

- Pourquoi l'armée c'est le seul moyen de nous en sortir? s'enquit Daniel.

- Parce que, d'abord, c'est en faisant partie de l'armée que j'ai le plus de chance de rencontrer des rebelles, notre seule option pour retourner sur Terre, je te rappelle. C'est pas en étant serveuse dans un bar ou je ne sais quoi que j'en trouverai!

- Ca dépend, dans quel bar...

- Et ensuite, poursuivit Mara sans prêter attention à ce que disait son frère, être dans l'armée me permet d'être logée gratuitement, et ça paye plutôt bien aussi. Si je devais quitter l'armée, je devrais me trouver un appart', et je n'ai pas assez d'argent. Le peu de fric que j'ai amassé, c'est pour que tu puisses continuer tes études après ton école obligatoire et gratuite pour tous.

- Je m'en fiche complètement de mes études, t'es pas obligé de faire ça pour moi...

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14-168  posté le dimanche 08 juin 2008 14:51

- Ne dis pas ça, les études c'est important! Et t'imagines, si on reste très longtemps sur HNS, tu devras bien te trouver une occupation qui te plaît...

- Parle pas de malheur, grommela Daniel.

- Bref, je ne peux pas me permettre de démissionner.

- Tu préfères mourir? demanda Daniel en se raidissant soudain.

- Non... Mais ça n'arrivera pas de toutes façons, je suis ta SuperSister, je ne peux pas mourir! s'écria Mara en affichant un sourire se voulant rassurant.

Un voile de tristesse passa dans les yeux de Daniel qui n'était pas dupe. Sa soeur tenta de changer de sujet :

- Et sinon alors, dit-elle sur un ton enjoué, en se levant de sa chaise. Tu m'avais dit que tu t'étais fait une amie? Je suis fière de toi! Tu commences enfin à t'intégrer aux autres!

- Bof. En fait, c'est elle qui vient toujours vers moi, et c'est elle qui s'est auto-proclamée mon amie.

- Oh. Mais c'est bon de sentir que quelqu'un s'intéresse à soi, non? Elle s'appelle Milly, c'est ça?

Daniel fronça les sourcils :

- Euh non, elle s'appelle Solange.

- Ah bon? Mais c'est pas la petite blonde timide qui voulait mieux te connaître?

- Bah non, c'est qui Milly?

- C'est celle qui m'avait informée à propos des deux là... tu sais, Alexandre et Sean.

- C'est elle?! Ah oui, je me rappelle. Mais depuis ce jour, je l'ai plus revu.

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14-169  posté le dimanche 08 juin 2008 15:04

- Elle est très discrète, fit remarquer Mara.

Daniel haussa les épaules, l'air las. La jeune fille demanda :

- C'est qui cette Solange alors? Et elle est comment?

- Elle est brune et un peu métisse, et c'est la fille d'un conseiller de la Reine.

- Conseiller de la Reine, wow... Tu devrais lui demander de t'aider!

- Je pense pas que son père voudrait nous aider...

- Tu peux toujours essayer, dit Mara.

Il y eut un silence. Puis la jeune fille fit :

- Il faudrait que j'y aille...

Elle se dirigea vers la porte, puis se retourna vers son frère :

- Ben alors, on vient pas faire un câlin à sa soeur avant qu'elle aille tuer pleins de méchants?!

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14-170  posté le dimanche 08 juin 2008 15:16

Daniel se leva et se blottit dans les bras de Mara :

- Tu promets que tu reviendras?

- Évidemment. Pourquoi ne reviendrais-je pas?

- Parce que... c'est dangereux. Je ne voudrais pas perdre la dernière personne que j'aime.

Émue, Mara promit :

- Je reviendrai, je ne te laisserai pas seul. Je te promets que je ne mourrai pas tant que papa et maman ne seront pas sauvés de leur enfer.

- Et si tu tombes sur plus fort que toi? Si tu meurs? Je ferais quoi?

- Je t'ai dit que je mourrai pas! répliqua Mara. C'est les autres qui vont mourir...

- T'as jamais tué personne, tu crois que tu seras capable de le faire ?!

- Pour survivre, je suis capable de tout!

- Ouais.

Daniel savait que sa soeur mentait. Il savait combien elle était fragile et combien il était dur pour elle de camoufler cette fragilité sous un masque de joie perpétuelle et de fausse force d'esprit. Si lui avait été traumatisé il y a trois ans, il ne voyait pas pourquoi elle ne le serait pas non plus. Elle n'était pas infaillible.

Mara relâcha son étreinte.

- Voilà. A ce soir, chou.

- A ce soir...

"Si tu reviens, d'ici là..."

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14-171  posté le dimanche 08 juin 2008 15:56

Ambiance (importante par la suite ^^)

C'est quoi ce monde de fous?

Les combats ont commencé il y a quelques minutes. Et ils se poursuivent dans des cris de fureur et de souffrance, dans les éclaboussures de sang, dans l'odeur de la mort, dans la fièvre et le feu de l'action.

Et moi je reste plantée là, immobile, au milieu des joutes acharnées des deux camps. Incapable de bouger. J'ai l'impression d'appartenir aux deux camps... Mais ce n'est pas cela le véritable problème.

Le vrai problème, c'est la mort.

J'ai peur de tuer. Je ne veux pas! Je ne veux pas devenir une criminelle. Certes, je suis à présent impliquée dans une guerre, mais est-ce une raison valable pour ôter des vies? Est-ce que la divergence d'opinion de deux peuples leur donne le droit de s'entre-tuer, de prendre la vie à des milliers des gens qui ne demandaient rien, juste un petit bout de terre et de ciel pour vivre?

Et le pire, c'est que justement, ce sont ces gens, innocents, entraînés par la folie humaine de personnages politiques, qui meurent, qui souffrent et qui sont malheureux au final.

Les responsables de cette tuerie n'ont jamais les mains maculées de sang. Ils se contentent de regarder le massacre, satisfaits. Ils ne se rendent pas compte que en fait, c'est de leur faute. Ils ne reconnaissent pas que ce sont eux qui ont du sang sur les mains, et pas les soldats qui obéissent à leurs ordres. Ont-ils seulement un poids sur leur conscience?

Plongée dans ces réflexions philosophiques, je me rendais à peine compte de ce qui se passait autour de moi. Tout paraissait irréel, comme dans un rêve. Les sons étaient étouffés, les combats lents. Cette sensation d'être ailleurs.

Une vive douleur au bras me fit revenir à la réalité. Et les hurlements de désespoir, les respirations essoufflées, les coups énergiques, les incantations mélodieuses se firent plus fortes.

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